février 15, 2022

Eugénisme

Les propos de Jacques Attali m’ont poursuivi jusqu’à aujourd’hui. On ne peut aborder la question de l’explosion démographique de ces deux derniers siècles sans évoquer les théories eugénistes.

Mais qui ose ? Le sujet est moralement inabordable.

S’il semble évident que les puissants se sentent des envies d’espace et mettent tout en oeuvre pour réduire considérablement la population mondiale par tous les moyens possibles, il n’en reste qu’ils ne représentent que le 1%.

La Terre, elle, pourrait facilement accueillir vingt milliards d’humains. A la condition expresse et urgente de changer radicalement de système.

Or les puissants dont on cause, le sont devenus grâce aux mécanismes du capitalisme dont les fondements reposaient sur le caractère inépuisable des ressources. Pour continuer à fonctionner sur les mêmes ressorts de consommation-production, il s’impose de réduire la demande pour assurer le renouvellement cyclique des ressources.

Il ne s’agit donc de rien moins que réinventer le monde pour survivre.

Une telle révolution si urgente se fera probablement dans la douleur. Tous les secteurs sont concernés. Un « reset » s’impose. Il est incontournable.

Le monde se trouve divisé entre la minorité possédante, qui voudrait se partager le gâteau en réduisant d’un facteur 10 la population mondiale devenue parasitaire depuis que les machines assurent mieux, pour moins cher, à peu près toutes les tâches et la résistance, qui considère que cette planète permettrait à tous de vivre harmonieusement en adoptant les innombrables recettes disponibles et éprouvées.

La sagesse se trouve vraisemblablement au milieu. Rien n’empêchera l’homme de continuer à chercher à optimiser sa vie, durer et éradiquer la maladie, la vieillesse et peut-être même la mort. La science a pris la place de Dieu, nous sommes livrés en pâture à ses expériences dont les résultats sont toujours provisoires et aléatoires, nous sommes largués dans l’univers sans plus de soutien.

Est-il raisonnable de garder en vie nos vieux grabataires intubés (et entubés) qui ne demandent qu’à partir ? Est-il souhaitable de laisser se développer un foetus déficient génétiquement ? Où se trouve la limite et qui est autorisé à la définir ?

Je n’ai pas de réponse à ces questions. Juste des avis, susceptibles d’évoluer dans le temps. Je me sens incapable d’évacuer des conflits intérieurs de nature morale et donc arbitraires. Je suis à la fois horrifié par les propos de Jacques Attali et subjugué par une telle franchise. Il faut soit une sacrée dose de cynisme soit une profonde psychose, deux symptômes d’un ego mal géré.